Priorités métropolitaines - BTP

La transition vers un monde durable : un défi principalement urbain

 

Aujourd’hui, 55% de la population mondiale se concentre dans les villes, et ce chiffre montera à 66% d’ici à 2050, selon un rapport de l’ONU datant de 2014. Cela explique en partie pourquoi l’analyse des flux de déchets et de consommation de ressources montre que les matériaux de construction représentent l’impact sur l’environnement le plus important (en volume). De fait, le secteur du BTP recycle environ 50% de ses déchets en 2017 selon l’activité de construction du service de l'observation et des statistiques (SOeS) du ministère de l'Environnement, parmi lesquels seulement 30% de matériaux non-dangereux. Cependant, la loi de transition énergétique de 2015 prévoit d’atteindre 70% de valorisation générale en 2020. Ce terme valorisation comprend le recyclage, le réemploi, la réutilisation des matériaux, mais aussi d’autres formes de valorisation matière, en se substituant à des matériaux : en remblaiement de carrières, dans le cadre des prescriptions fixées dans l’autorisation d’exploitation de la carrière ; dans des projets d’aménagement (sous couche routière, merlon phonique…).

Bien que le secteur soit sur la bonne voie si l'on considère la croissance des filières de recyclage, la loi française n’est que programmatique sur ce sujet -et donc pas contraignante. De plus, les diagnostics de déchets ne sont pas encore généralisés -alors qu’il s’agit d’une obligation depuis le décret du 31 mai 2011 pour les maîtres d’ouvrage si le chantier couvre plus de 1 000 m2 de surface au sol. Il reste donc un grand effort collectif à réaliser, ce qui passe notamment par une mobilisation accrue des maîtres d’ouvrage et d’un respect de la loi, autant française qu’européenne. Imaginer le monde durable de demain apparaît donc comme un défi urbain et circulaire. En ce sens, la Métropole du Grand Paris est un acteur incontournable de cette transition vers l’économie circulaire, en tant que donneur d’ordre public et planificateur territorial.

Photo by Chris barbalis

La transition circulaire du secteur du bâtiment et de la construction : faire converger l’échelle stratégique et opérationnelle en mettant l’ensemble des acteurs en réseau


Lorsqu’une collectivité se penche sur un projet de construction, il est essentiel d’intégrer les interactions de l’échelle opérationnelle à celle plus stratégique de la planification urbaine. Cet effort de concertation entre les diverses parties prenantes, qu’il s’agisse du maître d’ouvrage et du maître d’œuvre, en passant par l’ensemble des organes consultés lors de la phase de préfiguration des projets, doit permettre l’émergence d’un projet consensuel centré sur l’usage final, et donc construit sur une approche en cycle de vie. La mise en réseau d’acteurs n’ayant pas l’habitude de collaborer ou de travailler dans une démarche de co-construction nécessite un vocable commun et une adéquation temporelle, qui n’est pas aisé à faire émerger.

Les indicateurs ont ici un rôle important à jouer pour faciliter la multiplication des projets pilotes et du passage à l’échelle. En effet, si un maître d’ouvrage souhaite qu’un projet respecte des objectifs précis, il faut pouvoir mesurer et quantifier les efforts mis en place par le maître d’œuvre et ses sous-traitants. En outre, ces indicateurs pourraient permettre à des entreprises pionnières de communiquer efficacement sur les impacts positifs de leurs activités. Cependant, ces outils doivent faire consensus, tant au niveau des scientifiques que des entreprises, et les données doivent atteindre des niveaux de qualité homogènes. La libre circulation de ces données permettrait par ailleurs de construire des plans de développement urbain plus efficaces.

L’économie circulaire au service de la construction durable : une approche par pilier


Afin d’illustrer comment l’économie circulaire peut répondre aux défis propres aux secteurs du bâtiment et de l’urbanisme, les piliers définis par l’ADEME représentent un bon socle de compréhension qui est ici décliné pour la filière du bâtiment et de la construction :

  • Éco-conception : la phase de conception, en amont du reste des projets, est essentielle pour que les différentes vies des bâtiments et infrastructures puissent cadrer avec les principes de l’économie circulaire. L’éco-conception peut être comprise comme un outil d’aide à la décision destiné aux maîtres d’ouvrage sensibles à la minimisation des impacts du projet en phase de chantier/construction. Ces outils offrent l’ensemble des éléments clefs nécessaires aux arbitrages parfois clivants des projets d’aménagement. Cela permet par ailleurs d’établir des objectifs locaux ambitieux -mais maitrisables et quantifiables- tout en intégrant le projet de construction dans le reste de la stratégie de développement urbain. On parle donc d’éco-conception du bâti, des espaces publics, ou encore de voirie et ce à l’échelle d’un quartier, d’une ZAC, d’une ville ou même d’une région.
    Photo by Stephen Crowley
  • Approvisionnement durable et consommation responsable : le secteur du BTP nécessite la mobilisation d’importants volumes de matériaux, qu’il convient d’aller chercher dans des filières issues de l’approvisionnement durable, aussi bien dans la phase de chantier (bâtiments, voiries, espaces collectifs), que dans la phase de vie du projet (consommables des habitants et des entreprises, rénovation, développement de filières locales). Il faut cependant réaliser en amont des études basées sur le cycle de vie, afin de maîtriser les effets rebonds et autres désagréments dus aux distances d’origine et poids de ces matériaux, deux variables contraignantes pour la filière BTP. Au-delà de l’utilisation de matières et matériaux issus de l’approvisionnement durable, notamment biosourcés, les maîtres d’ouvrage devront aussi préférer des matériaux issus du recyclage, du réemploi, etc. Cela implique par ailleurs une gestion responsable du foncier, surtout lorsqu’il s’agit du stockage transitoire de matériaux. En effet, bien souvent les temporalités entre chantiers ne permettent pas directement le réemploi.

  • Économie de la fonctionnalité : l’économie circulaire vise à s’éloigner des modèles d’affaires basés sur la possession des produits, pour aller vers une économie de services où les consommateurs payent pour les services rendus par les objets, et non les objets eux-mêmes. La mobilisation du modèle de l’économie de la fonctionnalité permet ainsi d’explorer des solutions intégrées de biens et de services prenant en compte les enjeux du développement territorial durable et résilient.
  • Allongement de la durée de vie : l’un des buts premiers de l’économie circulaire est d’allonger l’utilisation des ressources extraites. Cela passe notamment par la réutilisation et le réemploi du bâti existant et des éléments de construction. En outre, les usages mixtes du foncier (hybridation) apparaissent comme un levier particulièrement puissant pour atteindre les objectifs de réemploi. Mais plus généralement, des arbitrages d’ordre normatif vont émerger dans les débats au sein des collectivités quant à la durée de vie des bâtiments et de leur fonction au cours du temps. C’est grâce aux expérimentations et au partage de bonnes pratiques que ces questions trouveront des réponses, la preuve par l’exemple étant un levier particulièrement puissant. Les enjeux de la certification et de la traçabilité sont aussi capitaux, pour que les produits issus du réemploi et la réutilisation deviennent aussi compétitifs que les produits neufs.
  • Écologie Industrielle et Territoriale : pilier territorial de l’économie circulaire, l’EIT est traditionnellement sollicitée pour offrir des réponses aux acteurs économiques locaux de zones d’activité ou zone industrielles souhaitant réduire l’impact de leurs activités. Les enseignements de cette pratique centrée sur la mise en place de synergies (échanges et mutualisations) dans des projets structurants peuvent tout à fait s’appliquer à la construction et à l’aménagement. Cela passe notamment par la valorisation de flux entre des activités qui n’avaient pas forcément conscience du potentiel de synergie qui existait entre elles, la mise en réseau des sous-traitants afin de tendre vers des relations de coopération plus étroites entre professionnels, mais également entre les secteurs publics et privés. De plus, en cherchant à mutualiser les besoins et services, l’EIT est une source d’attractivité pour les territoires, puisque les synergies débouchent généralement sur la création d’emplois non délocalisables.
  • Recyclage : les collectivités, en tant que donneur d’ordre, ont un rôle important dans l’essaimage des pratiques de recyclage. Jouer sur la demande de mobilisation de produits issus du recyclage dans les projets de construction et d’aménagement stimulera l’offre et les innovations. La valeur ajoutée en phase de chantier vient principalement du fait que les déchets du BTP représentent des enjeux conséquents sur le plan des volumes et des coûts de transport comme de traitement. Puis, en phase de fonctionnement, les stratégies à l’échelle métropolitaine peuvent faciliter le tri à la source et la collecte en vue d’un recyclage. Les pistes d’amélioration en termes de prévention et de gestion de déchets du BTP sont la multiplication des stations dédiées au recyclage des déchets du BTP, l’offre des garanties supplémentaires grâce à des contraintes sur la traçabilité des matériaux, et le soutien de la recherche sur le sujet pour que les performances des produits issus du recyclage tendent vers celles des produits neufs. Par ailleurs, les potentialités apportées par le recyclage ne doivent pas faire oublier la nécessaire prévention, qui est mise au premier plan par les réglementations récentes : le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. Il faut pouvoir se prémunir des effets rebonds.
    Photo by Romel Velasco


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