Priorités métropolitaines - Systèmes agro-alimentaires

Vers des systèmes agro-alimentaires inscrits dans l’économie circulaire


Améliorer le fonctionnement des systèmes agricoles et agroalimentaires : un enjeu crucial


L’économie circulaire s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels qui se caractérisent par des flux et interactions en boucle. Bien que la production agricole et alimentaire se soit linéarisée au cours du XXème siècle, les systèmes agricoles et agroalimentaires peuvent et doivent s’inscrire dans l'économie circulaire afin de faire face aux défis socio-économiques et environnementaux actuels.


Le premier d’entre eux consiste à nourrir une population mondiale de 7,2 milliards d’habitants, dont plus de la moitié vivent en zone urbaine. En parallèle, les ressources naturelles essentielles à la production s’amenuisent : les ressources en eau s’assèchent ou sont polluées, et les surfaces foncières agricoles se réduisent du fait de l’artificialisation des sols et perdent en qualité (près de 33% des terres dégradées). Le secteur agricole doit également contribuer aux efforts de lutte contre le changement climatique et développer son potentiel d’externalités environnementales positives (biodiversité, régulation eau, absorption de déchets, captage du carbone, etc.), tout en assurant une création de valeur équitablement répartie tout au long de la chaine de production.


Les impacts environnementaux du secteur sont répartis tout au long de la chaîne de valeur, c’est pourquoi il faut faire face à ces défis en mobilisant l’ensemble de ses acteurs. A tire d’exemple COOP de France a mis en place un guide de bonnes pratiques des entreprises du secteur en matière d’économie circulaire « qui recouvrent chaque étape de la chaîne alimentaire, depuis la mobilisation des agriculteurs, en passant par la transformation agroalimentaire, jusqu’à la sensibilisation des consommateurs ».


Aller vers une production et consommation plus durables


Le système agricole actuel contribue à assurer l’auto-suffisance de la France en matière alimentaire mais n’est pas soutenable à long terme ; un changement de modèle agro-alimentaire s’impose au cœur de la transition écologique.


« Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines » Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO)



Figure 1 Les trois sphères de l'alimentation durable. Source : Décryptage de La fabrique écologique, juillet 2018


Les caractéristiques principales d’un modèle agro-alimentaire durable peuvent être déclinées de la définition de la FAO ci-dessus, comme illustré par La fabrique écologique (Figure 1), mais leur mise en œuvre effective reste complexe et parfois contradictoire. Les pratiques de l’agroécologie (polyculture-élevage, rotation de cultures, cultures intermédiaires), l’innovation et l’amélioration des techniques dans l’agriculture, la lutte contre le gaspillage alimentaire et la mise en place de circuits courts font partie des solutions complémentaires à mettre en œuvre.

Principe d’organisation économique visant à découpler la création de valeur sociétale de l’impact sur l’environnement à travers une gestion efficace des ressources, l’économie circulaire contribue à structurer cette transition agro-alimentaire. Appliquée aux systèmes agricoles et agro-alimentaires, elle s’appuie notamment sur : l’approvisionnement durable ; l’écoconception ; l’écologie industrielle et territoriale ; la consommation responsable et le recyclage. La mise en œuvre de ces principes favorise ainsi d’l’optimisation des ressources (eau, intrants agricoles, etc.), le bouclage des flux de matière (retour à la terre des nutriments) et le recours aux ressources renouvelables.

Par ailleurs, l’économie circulaire nous incite à considérer un déchet comme une ressource. Par exemple, les distilleries s'inscrivent pleinement dans ce modèle en valorisent plusieurs de leurs sous-produits auprès des industries agroalimentaires comme décrit dans le schéma ci-dessous (pulpes de raisins, tanins, etc.)


Figure 2 Schéma économie circulaire de l'Union Nationale des Distilleries Viticoles

Repenser le lien des métropoles avec leur territoires d’approvisionnement

L’agriculture urbaine, pour renouer le lien entre la ville et l’approvisionnement alimentaire


Contrairement à la linéarisation des modèles agricoles, la dépendance de la ville aux approvisionnements extérieurs (zones agricoles péri-urbaines et éloignées) n’est pas nouvelle. Les métropoles n’ont ainsi pas vocation à être auto-suffisante en termes d’approvisionnement alimentaire. Cependant, l’évolution de la chaîne de valeur et de la consommation alimentaire a contribué à éloigner les citadins de l’origine de leurs denrées alimentaires, culturellement et géographiquement.


Ainsi selon un récent rapport du cabinet Utopies, le degré d’autonomie alimentaire des aires urbaines françaises, c’est-à-dire les aliments produits sur leur territoire ou dans leur périphérie immédiate, est de seulement 2,1%. Dans le même temps, l’immense majorité de la production agricole d’un territoire est « exportée » vers d’autres territoires.  La transition écologique appelle donc à repenser les relations entre la ville et les zones agricoles qui l’entourent.


Les projets d’agriculture urbaine, visant à réintroduire des zones de production agricole en ville revêtent en ce sens un intérêt fort en permettant de recréer de la proximité entre zones de production et de consommation avec des gains économiques et environnementaux potentiels au niveau de la logistique. Ils permettent également de sensibiliser les citadins aux enjeux de la consommation alimentaire durable, et renforcent l’ancrage de la nature en ville.


L’agriculture urbaine devient aujourd’hui un fort enjeu de politiques publiques locales et plusieurs collectivités s’y intéressent et l’encouragent à plusieurs titres (développement économique, dimension sociale et pédagogique, biodiversité etc.).  Ils font cependant face à des conflits d’usage en ce qui concerne le foncier et aux difficultés de trouver des business-models stables.


Une économie circulaire pour un rééquilibrage des flux entre les villes et les milieux ruraux


L’économie circulaire appliquée aux circuits agroalimentaires vise également à boucler les cycles de la matière organique pour assurer leur valorisation et le maintien de la qualité des sols. Dans le contexte urbain, cela signifie que les nutriments doivent être capturés dans les biodéchets et les eaux usées et transformés pour être recyclés/valorisés dans les sols, sous forme d'engrais organiques.

Actuellement, les principaux nutriments (phosphore et azote) ne sont pas suffisamment valorisés.
Parmi l'UE-27, 70% du phosphore dans les boues d'épuration et les déchets solides biodégradables ne sont pas récupérés. Comme souligné par Sabine Barles dans Le métabolisme de Paris et de la région Île-de-France, entre 1900 et 2000, le taux de recyclage de l'azote dérivé de la nourriture à Paris a chuté de 40% à 5%  

La récupération des nutriments après consommation des produits, couplée à des pratiques agricoles régénératrices, réduirait la nécessité d'apporter des nutriments provenant de sources non renouvelables, comme les engrais minéraux.


Des opportunités de captation de valeur


En France, les déchets organiques constituent environ le tiers des ordures ménagères résiduelles, et sont également présents dans les eaux usées. Dans une vision d’économie circulaire, le biodéchet ne devrait plus être considéré comme un déchet mais comme une ressource à part entière qu’il faut valoriser.
Encore trop souvent incinérés (alors qu’ils sont constitués à 80% d’eu) ou enfouis, les déchets organiques sont considérés comme un problème coûteux en termes économiques et environnementaux. L'économie circulaire met en évidence des opportunités de captation de valeur de biodéchets, sous la forme d'énergie (biogaz), et de valorisation matière (alimentation animale, amendements des sols, etc.).

Ainsi, la valorisation énergétique via la méthanisation des déchets organiques peut compenser les coûts opérationnels, générer des sources des revenus, augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et réduire les émissions de GES.  Le compostage (industriel, collectif, individuel) permet de valoriser les biodéchets en enrichissant les sols. La collecte à la source est nécessaire pour pouvoir valoriser ces déchets avec la plus haute valeur ajoutée possible, et assurer que la matière qui retourne au sol est de qualité.

La loi de transition énergétique prévoit que d’ici à 2025 tous les particuliers devront bénéficier d’une offre de tri à la source des biodéchets. La feuille de route pour l’économie circulaire publiée le 23 avril 2018, réaffirme cet objectif.

Toutefois, il reste encore à trouver les bons modèles opérationnels et financiers de mise en œuvre de cette filière et de distribution de valeur entre les acteurs concernés (en particuliers collectivités, agriculteurs, et acteurs du recyclage de la matière organique).



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